Moins de touristes pour Barcelone

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Barcelone est l’une des grandes destinations européennes. C’est aussi la première à parier ouvertement sur «la décroissance touristique». Ce n’est pas rien lorsque l’on sait que ce secteur correspond à 12 % de la richesse municipale et que, sur une population de 1,6 million d’habitants, elle a accueilli l’année dernière pas moins de 8,3 millions de visiteurs, hébergés pour 20 millions de nuitées. Et encore, ces chiffres n’incluent ni les touristes de croisière ni les excursionnistes d’un jour. La «maire-citoyenne» Ada Colau a, dès son arrivée aux commandes de la municipalité en juin 2015, décrété un «moratoire» sur les logements touristiques. La voilà qui fait maintenant un pas supplémentaire dans sa volonté de contenir «le développement irraisonné de l’offre destinée aux visiteurs». Tout récemment approuvé, son nouveau plan d’urbanisme a provoqué un séisme. Mais «il fallait réagir,justifie l’élue chargée de l’urbanisme, Janet Sanz. Nous croulons littéralement sous une inflation de visiteurs qui ont transformé la ville en parc d’attraction. Nous n’avons rien contre ceux qui viennent, mais notre devoir est de réguler ces flux gigantesques.» Sagrada Familia, Ciutat Vella, Ramblas, Sant Antoni, Montjuïc, Vila Olímpica… Que certaines zones du centre-ville soient saturées par des hordes de touristes, cela fait l’unanimité. Les chiffres sont éloquents : 466 hôtels (contre 187 en 2000), 10 000 appartements touristiques légaux, et deux fois plus en incluant les illégaux. Ce qui fait polémique, en revanche, et provoque la colère du secteur hôtelier et de l’ensemble de l’opposition municipale, c’est l’audace de l’initiative de la mairie. Désormais, Barcelone se divise en quatre zones : en rouge, le gros noyau central «en décroissance» (soit un objectif de réduction de 20 % des capacités d’accueil). En rose, une première couronne «en maintien». Enfin, en ocre et en jaune, deux zones «de croissance contenue» jusqu’à un plafond de 10 000 places hôtelières supplémentaires. Sur les nerfs De fait, les implantations hôtelières se compliquent. Aux Drassanes, les arsenaux royaux situés à l’extrémité sud du populaire quartier du Raval, à deux pas de la mer et en plein centre de Barcelone, une pancarte en lettres rouges proclame «Salvem les Drassanes» : un appel au sauvetage du quartier contre la création d’un hôtel cinq étoiles. Ici, les riverains se déchirent entre ceux qui préfèrent un jardin public et ceux qui défendent l’implantation de l’hôtel et ses emplois. La maire Ada Colau, ancienne militante du droit au logement, a donné raison au jardin. La chaîne hôtelière Praktik, qui dispose de tous les permis depuis fin 2015, en est pour ses frais et menace aujourd’hui la municipalité de poursuites judiciaires pour «retards injustifiés», en réclamant plusieurs millions d’euros d’indemnités. Le cas illustre parfaitement les tensions à l’œuvre. Dans ce quartier tout proche des Ramblas, peuplé de familles modestes et d’immigrants, certains soulignent les créations d’emplois potentielles (on parle de 200 jobs possibles) quand d’autres estiment que l’hôtel bouleverserait l’équilibre du secteur. «Nous sommes un îlot qui résiste même si les appartements touristiques gagnent du terrain, dit Antonio, dessinateur graphique. Avec cet hôtel, ce serait fini. On aurait la hausse du prix des logements, la cherté des commerces et donc, pour la majorité dont je fais partie, l’obligation d’aller vivre ailleurs.»  Source: voyage groupe à Barcelone.

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